Autoroute Bonaventure

Autoroute Bonaventure: «Une nouvelle entrée de ville prestigieuse»

Éric Clément
La Presse
19 juin 2009

La Société du Havre de Montréal (SHM) a convaincu la Ville de Montréal de bonifier le réaménagement de l’autoroute Bonaventure aux portes de la métropole. Le projet est ambitieux. Il créera un quartier moderne, chic, vert et agréable. Mais pour qu’il soit écologique, il faudra créer un corridor exclusif pour autobus ce qui portera son coût de 142 à 228 millions. Et encore, si l’Agence métropolitaine de transport (AMT) est d’accord et si le gouvernement du Québec finance la différence, soit 86 millions.

À en croire le maire Gérald Tremblay, des travaux préliminaires d’infrastructures souterraines pour paver la voie à ce nouveau quartier commenceront dans les jours qui viennent. Avec trois mois de retard. En mai 2008, ils étaient prévus pour mars 2009. Le collecteur Williams sera réparé et la Commission des services électriques procédera à des réparations. Mais quand débutera la déconstruction de l’autoroute? On ne le sait pas encore. Le maire pense que la «nouvelle entrée de ville prestigieuse» sera terminée en 2013.

Le concept proposé s’articule autour des îlots centraux, du viaduc ferroviaire du Canadien National, du front ouest du faubourg des Récollets, de l’îlot de la Commune au sud, du corridor Dalhousie à l’ouest et du réaménagement du corridor Bonaventure, secteur où l’autoroute sera ramenée au sol et transformée en artère urbaine. L’abaissement de l’autoroute commencera par une descente du tablier routier entre les rues de la Commune et Brennan. À partir de la rue Brennan, l’artère sera divisée en deux chaussées qui répartiront la circulation de part et d’autre des îlots centraux, sur les rues Duke vers le nord et De Nazareth vers le sud.

L’an dernier, la SHM avait estimé le coût public du projet à 90 millions. Indexé au dollar d’aujourd’hui, on est rendu à 101 millions. Mais il y a eu depuis plus d’une quarantaine d’études en aménagement, circulation, transport, environnement, archéologie, infrastructures souterraines et pour l’avant-projet routier. De ces études découlent des bonifications nouvelles: plus de verdure, plus d’art, plus de beauté, plus de sols contaminés à extraire aussi. On arrive à 142 millions.

Selon la présidente de la SHM, Isabelle Hudon, la création du Quartier Bonaventure, plutôt que la démolition pure et simple de l’autoroute, offre des avantages économiques pour les gouvernements et un retour sur l’investissement assuré pour les Montréalais. Les sommes investies par la Ville et par l’AMT généreront 6,7 fois plus d’investissements du secteur privé, soit 1,53 milliard. Ces investissements procureront des revenus municipaux de 99 millions pour la vente de terrains, les permis de construction et les droits de mutation, et, à terme, des revenus de 32 millions en taxes foncières. Les revenus anticipés pour Québec et Ottawa s’élèvent à 224 millions et 96 millions.

Le projet est donc grandiose. Le maire est enthousiaste. «Je tiens à féliciter toute l’équipe de la Société du Havre de Montréal et ses consultants, notamment la firme Cardinal Hardy, pour la qualité du projet qui sera soumis prochainement à la consultation par l’Office de consultation publique de Montréal», a-t-il dit, jeudi, en conférence de presse.

La SHM a recommandé que le projet soit résolument tourné vers l’avenir. Mme Hudon insiste sur l’importance de donner la priorité au transport collectif et actif : les piétons, les vélos, les autobus, le tramway, les voitures hybrides, le covoiturage. Sept tracés de transport en commun ont été étudiés. La SHM recommande de créer un corridor exclusivement réservé au transport collectif dans la rue Dalhousie, notamment pour faire circuler plus rapidement les autobus métropolitains jusqu’au terminus du centre-ville.

Mais ce projet de corridor relève de l’AMT. Le ministère des Transports lui serait favorable. Il faut dire que 20 000 personnes de la rive-sud arrivent dans ce secteur par autobus chaque matin et 12 000 en automobile. L’objectif visé est de faire en sorte que parmi ces 12 000 automobilistes, 3 800 décident finalement d’utiliser un transport en commun à la place quand le corridor sera créé.

«Mais il faudra qu’il y ait une meilleure fréquence, de meilleurs horaires et un service plus confortable afin d’être concurrentiel par rapport à l’auto», a dit Mme Hudon, jeudi, rappelant que le transport en commun «c’est économiquement rentable pour la métropole».

Pour le responsable du transport à la Ville de Montréal, le conseiller André Lavallée, la discussion du corridor fait consensus dans la région. «Tout indique que le ministère des Transports est tout à fait à l’aise avec ça», dit-il.

Le projet a reçu le soutien «enthousiaste» de l’organisme Transport 2000, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et de Dinu Bumbaru, directeur des programmes de l’organisme Héritage Montréal.

VIDEO: AUTOROUTE BONAVENTURE

Autoroute Bonaventure: le démantèlement lancé d’ici un an

Martin Croteau, La Presse

le 1er avril 2010

L’administration Tremblay veut lancer le démantèlement de l’autoroute Bonaventure d’ici un an. Mais la création d’un couloir de transports collectifs dans la rue Dalhousie sera révisée dans la foulée des critiques de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

La première phase du projet de 260 millions de dollars, l’abaissement de l’autoroute entre la rue Brennan, près du canal de Lachine, et la rue Saint-Jacques, au centre-ville, ira de l’avant comme prévu. Mais la Ville compte revoir le couloir qui devait amener des centaines d’autobus à circuler chaque jour dans la rue Dalhousie.

Comme l’a révélé La Presse hier, l’OCPM se range derrière les nombreux citoyens qui ont critiqué le couloir lors des audiences publiques tenues en janvier. Les commissaires recommandent plutôt d’implanter des mesures prioritaires pour les autobus sur le boulevard afin d’éviter leur passage près d’un secteur résidentiel.

Responsable de l’urbanisme au comité exécutif, c’est le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, qui a été délégué par l’administration Tremblay pour réagir au rapport de l’OPCM. Il souligne que la première phase du projet – l’abaissement de l’autoroute – a été bien accueillie par les commissaires et la population, et qu’elle sera mise en chantier d’ici un an.

La Ville va toutefois étudier de nouveaux moyens pour permettre aux autobus de la Rive-Sud de gagner rapidement le terminus de la Gauchetière sans qu’ils ne passent tous par la rue Dalhousie. Le couloir exclusif était une solution temporaire de toute façon, souligne M. Bergeron. La Ville étudiera la possibilité de bâtir un train léger qui emprunterait le pont Victoria pour relier la Rive-Sud au centre-ville.

«Le couloir Dalhousie, tel qu’il a été conçu jusqu’ici, c’est chose du passé», a affirmé M. Bergeron.

La Société du Havre de Montréal (SHM), mandatée par la Ville pour piloter le projet, étudiera de nouveaux scénarios. Mais son PDG, Jacques Côté, n’a pas été en mesure de dire hier quelles options sont envisagées pour remplacer le couloir Dalhousie.

«Je n’ai pas les réponses, je ne peux pas vous les donner, a-t-il indiqué. Mais on y réfléchit et dans trois semaines, on va les avoir, ces réponses.»

La chef de l’opposition, Louise Harel, s’est réjouie des conclusions de l’OCPM, elle qui a dénoncé la construction du couloir Dalhousie. Elle compte présenter une motion à la prochaine réunion du conseil municipal, à la fin d’avril, pour que l’administration Tremblay donne suite à toutes les recommandations du rapport.

«L’abandon du couloir, c’est l’une des principales recommandations du rapport, a-t-elle affirmé. En le lisant, on se dit qu’il faut en faire un enterrement de première classe.»

Quartier Bonaventure

La transformation de l’autoroute en boulevard doit permettre un lotissement de 1,5 milliard, le Quartier Bonaventure. Une fois l’autoroute abaissée, la SHM propose d’en réduire le nombre de voies et d’utiliser les terrains ainsi dégagés au centre pour ériger des immeubles résidentiels et de bureaux. Elle créerait ainsi une «entrée de prestige» pour la métropole.

Certains intervenants des audiences publiques ont prévenu que le lotissement pourrait miner les efforts entamés par d’autres promoteurs pour revitaliser les secteurs de Griffintown et du faubourg des Récollets. Dans son rapport, l’OPCM a remis en question la rentabilité d’un tel projet.

Richard Bergeron souligne que plusieurs projets immobiliers sont déjà en branle dans le secteur, et que le Quartier Bonaventure ne sera probablement pas construit avant une bonne décennie. D’ici là, la Ville transformera les futurs terrains vacants en parcs.

Espaces verts

«On verra bien ensuite, dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, ce que sera devenu l’état de la réflexion sur l’avenir de ces terrains, a indiqué M. Bergeron. Dans l’intervalle, je ne vous le cache pas, les arbres auront grossi et les gens se seront habitués à cet espace vert de 800 m de long, moins les rues transversales.»

http://www.cyberpresse.ca/actualites/regional/montreal/201004/01/01-4266433-autoroute-bonaventure-le-demantelement-lance-dici-un-an.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=envoyer_cbp



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